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  Témoignage de Frédérick Rimbert, Batteur
 
 
 
 
 
 
 

La pratique de la batterie

Pour jouer de la batterie, il faut savoir être, à la fois passionné, indépendant et coordonné. En effet, la pratique de cet instrument nécessite de faire quatre gestuelles à partir de ses deux mains et deux pieds et donc, en quelque sorte, de savoir raconter « des histoires » différentes de façon totalement coordonnée.

Pour produire le « roulement » (succession de coups de baguette) désiré, il faut savoir maîtriser son geste et sa baguette. Concernant le geste, deux compétences sont nécessaires à maîtriser : la précision et la justesse :
- La précision décrit la technique du geste,
- et la justesse, l'énergie que l'on met dans ce geste.

Pour obtenir des résultats, durant sa formation, le batteur devra savoir prendre son temps, et travailler de manière relâchée. En effet, pour progresser et obtenir un certain niveau dans sa pratique, le batteur doit savoir «bien commencer », c'est à dire adopter les bons gestes et la bonne posture.

Pour être détendu, le batteur, en préambule, doit savoir s'asseoir. Car son équilibre conditionnera sa décontraction et celle-ci permettra la fluidité et la flexibilité de ses gestes.

Il devra commencer lentement, être patient et concentré. Travailler lentement exige beaucoup de soi. Il est en effet plus facile de jouer vite, car la vitesse compense et masque les imperfections. C'est l'erreur dans laquelle s'engouffre le débutant, et la raison pour laquelle il sera très vite limité dans ses possibilités et sa pratique. En batterie, la vitesse et la beauté d'un roulement est toujours le produit de sa précision et de sa justesse.

Les registres de la nuance ou de l'intensité devront donc être investis uniquement lorsque le registre technique est maîtrisé. Car, à rechercher l'intensité avant la maîtrise technique, l'étudiant « forcera » son apprentissage et limitera alors sa progression et ses possibilités.

L'apprentissage de la batterie se fait selon trois étapes majeures, comme l'on apprend à écrire :

1. Le pratiquant devra tout d'abord apprendre et répéter la technique. Celle-ci représente son vocabulaire.

2. L'entraînement lui permettra ensuite de coordonner ces techniques entre elles. Suivant son bagage technique, il sera capable d'interpréter « les histoires des autres ».

3. Une fois la technique maîtrisée, le pratiquant pourra alors « créer » ses propres histoires.

Dans l'histoire de la batterie, trois personnages ont marqué leur temps et sont aujourd'hui autant de références : Sanford Augustus Moeller, Georges Lawrence Stone et Billy Gladstone.

Georges Lawrence Stone (1885-1967) apprit la batterie auprès de son père. Il apprit notamment une technique, transmise de génération en génération : le « free stroke » (coup libre). Cette technique, toujours utilisée de nos jours, est basée sur les principes de physique harmonisant les mouvements des mains avec la nature. Cette technique utilise le rebond de la baguette pour augmenter sa propre vitesse d'exécution Georges L. Stone a écrit en 1935 la méthode d'entrainement « Stick Control », qui est aujourd'hui la méthode la plus vendue au monde.

Là où les méthodes « classiques » utilisaient l'énergie du poignet pour produire l'effet de la baguette, Stone expliquait alors l'importance de démultiplier l'effet du poignet en utilisant une autre énergie : celle de la baguette elle-même.

En effet, pour Stone, la force utilisée par le poignet ne devait servir qu'à imprimer une direction à la baguette, mais devait ensuite laisser la baguette revenir par elle-même. Ce « coup libre » permettait au poignet d'utiliser un minimum d'énergie, l'essentielle étant produite par la baguette.

Sanford Augustus Moeller est né en 1880 et décédé en 1960. Il a appris le tambour auprès de soldats qui revenaient de la guerre de Sécession et continuaient à jouer. Il fut impressionné par la capacité de ces anciens soldats, pour certains âgés de plus de 80 ans, à jouer avec puissance et vitesse et ce, pendant des heures. Sanford A. Moeller remarqua alors, en les observant, la relation qui pouvait exister entre le relâchement dans le mouvement et sa vitesse d'exécution.

La technique Moeller se caractérise par le « Whipping Motion » (coup de fouet). Ce mouvement de « coup de fouet » générait une gestuelle décontractée et un son fluide. Mais, S.A Moeller n'a pas réellement inventé cette technique. La clef qu'il a découverte est que la puissance provient du mouvement plutôt que de la force musculaire. La technique Moeller, bien que jouée de manière totalement détendue, génère une grande masse d'énergie : elle est basée sur la décontraction et le rebond, si chers à Stone et son « free stroke ».

Une des applications courantes de la technique « coup de fouet » de Moeller est le « Pumping Motion » (mouvement de pompe). En effet, cette technique permet, grâce à un geste continu d'obtenir plusieurs coups enchainés. Une seule impulsion du poignet permet alors de produire jusqu'à quatre ou cinq rebonds : autant de « coups gratuits », économisant le batteur dans son travail.

«  1 = 4 »

Quant à Billy Gladstone (1892/1961), il était un inventeur créatif et un constructeur d'instrument, mais il était aussi célèbre pour sa technique de caisse claire. Il contribua fortement à l'enrichissement de ces techniques. À force d'observations, il impliqua l'utilisation des doigts (Fingers control) dans le jeu et en fit un élément fondamental au contrôle du rebond de la baguette.

Les meilleurs disciples de ces grands maîtres étaient, pour les plus connus, Jim Chapin et Joe Morello, respectivement élèves de S.A Moeller et G.L Stone. Ils sont devenus a leur tour détenteur de ce savoir et ont passé leur existence à délivrer et de faire perdurer ces techniques et approches. Ils ont largement contribué à influencer et enrichir la panoplie du jeu du batteur d'hier, d'aujourd'hui ainsi que celui de demain.
Tous deux, aujourd'hui également récemment disparus, nous ont fait prendre conscience que la combinaison de ces 3 procédés offrait un bagage technique complet doté d'une remarquable efficacité, et ont tracé ce chemin qu'empruntent les plus grands batteurs.


Aujourd'hui, le dépositaire de ces concepts est Dom Famularo, personnage charismatique, élève de Joe Morello et Jim Chapin. Il est considéré par la profession comme le Grand Ambassadeur de la Batterie dans le monde (Drumming's Global Ambassador).
Ce grand batteur pédagogue enseigne ce savoir et tous ces secrets, et transmet également sa passion de la batterie à tous à toutes à travers le globe.

Pour progresser dans cette voie, l'entraînement nécessite de respecter six principes :

  • S'exercer à ressentir l'énergie de la baguette afin de pouvoir travailler avec elle.
  • Utiliser la baguette sans la serrer, ce qui permet d'utiliser l'énergie de cette
    dernière sans la contredire.
  • Prendre du temps pour poser les bases, en acceptant que la vitesse sera le produit
    de sa technique et de son travail.
  • Jouer le coup (mettre de l'intention dans son geste).
  • Laisser la baguette agir (utiliser le rebond).
  • Et surtout… se détendre !

Ces trois méthodes ont un autre point commun : peut être le plus important, parce que le plus fondamental. Elles ont ouvert sur une méthode respectant le corps (dans son fonctionnement et ses contraintes) et lui permettant de s'exécuter avec une liberté de mouvement maximale. Ainsi, en intégrant l'anatomie du corps dans leur modèle, ils ont développé son autonomie.

En pensant une méthode qui libère le corps plutôt qu'une méthode qui le contraint, ils ont permis au pratiquant de jouer à «moindre tension » et à «moindre dépense» (énergie). Leur méthode nous a alors appris que c'est parce que la technique respecte le corps que le corps peut réaliser et respecter la technique.

En ce sens, leur approche a apporté bien plus plus qu'une fluidité et une endurance supplémentaires à la pratique : elle a permis, à chaque batteur qui l'utilise, de jouer de façon plus « naturelle », et donc plus personnelle.

Les voies que nous invitent à suivre Moeller, Stone et Gladstone sont celles qui permettent au technicien d'accéder à la liberté. C'est parce que l'artiste accepte le monde et ses contraintes qu'il peut s'en libérer… commencer à jouer et prendre du plaisir.

Frédérick Rimbert
Batteur et fondateur de « Drumming Lab » - www.drumminglab.com
Site : www.domfamularo.com

 
     
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